Conférence débat sur les Hauts Potentiels

Conférence débat sur les hauts potentiels, sur mon travail thérapeutique avec eux.

Cette note a été retranscrite, de la conférence orale….Je vous préviens pour les puristes, nous sommes dans du « langage parlé ».


Bonjour à tous, et bienvenue dans les monde ATYPIQUE des HP.

Pour reprendre ce dernier terme, parmi toute la typologie de mots, qui existe (haut potentiel, HP, HPI, HPE SURDOUES MULTI POTENTIEL, je retiendrai dans mes propos le terme de  » HP comme générique » parce que je n’aime pas le terme de surdoués, parce qu’il présuppose une supériorité alors que je vois sur cette question plutôt, une grosse différence.

Dans ce colloque, pour nous rappeler ce qui a été dit, samedi et dimanche matin et introduire mon propos, on vous a déjà parlé des caractéristiques du Haut Potentiel notamment et des intervenants ont insisté  sur :

  • La sur efficience mentale « je pense trop »
  • L’hypersensibilité l’hyper réceptivité, l’empathie
  • Et une proposition de méditation comme canalisation du tout.

Pour faire la transition et introduire la thématique de mon intervention, je vous ferai quant à moi, humblement part de ma pratique de psychothérapeute en cabinet libéral par rapport à la demande d’un public de HP,  en difficultés et parfois en grande difficultés.

C’est à dire que je voudrais revisiter la PSYCHOLOGIE DU HP et dédramatiser un peu la question de psychopathologie à leur égard quand elle se pose.

Le QUESTIONNEMENT  et le plan seront les suivant :  la théorie et l’illustration par des cas pratiques.

Dans un premier temps, nous nous poserons les questions suivantes : Qu’est que la conduite d’un travail thérapeutique avec des HP ?

  • Qu’est-ce que mener un travail avec eux ?
  • Qu’est-ce qu’on peut attendre comme résultats, s’ils sont si doué(e)s, est ce que c’est plus facile ?
  • Quelles sont leurs résistances ?  Particulières, singulières
  • Comment se présentent – ils en entretien ?
  • Qu’est ce qui interpelle dans un premier entretien chez eux ?
  • Pourquoi peut-il y avoir un questionnement sur de la bipolarité notamment ?
  • Pourquoi parle-t-on parfois de psychopathologie à leur égard ?

Dans un deuxième temps, on illustrera ces réflexions avec deux ou trois cas issus de ma clinique, avec un regard sur la conduite du travail mené


Evidemment déontologiquement parlant, les noms sont modifiés, et tout n’est pas dit….j’ai pris quelques  extraits parlants …..….à des âges différents, adolescent, adulte femme, homme… ; et vous verrez si vous vous y reconnaissez….si ça peut vous donner quelques  clefs.

En introduction et avant toute chose       qui je suis ? Pourquoi je vous parle aujourd’hui dans cette conférence ?

Si je suis ici c’est que des hauts potentiels se sont adressés à moi, moi qui ne m’étais pas adressée à eux.

Vous entendez par là pas de livre, pas de publication, sauf 4 lignes sur un site pour ceux qui s’y égareraient.

4 mots c’est peu mais suffisant pour que certains s’y agrippent, s’y accrochent…et débarquent dans mon cabinet en pensant avoir trouvé le Graal.

Par Graal, je veux dire quelqu’un qui les comprenne, quelqu’un comme eux, qui parle leur langue, leur « Sauveur ».

Or,  ce qu’ils ont lu en fait :   c’est que  j’étais une psychothérapeute  en exercice quand j’ai été étiquetée HP à la quarantaine.

Il faut savoir que dans la profession il y a une obligation de supervision personnelle et professionnelle,  et que ma thérapeute de l’époque a eu la bonne idée de me faire passer des tests…

Moi, dont le maître mot à l’époque était de « ne pas faire de vagues »…Quand on m’a dit … « ce n’est pas la peine d’essayer d’être normale de toute façon, vous n’y arriverez pas… ». le ciel m est tombé sur la tête .

Quelques années plus tard, après avoir digéré la question ……. j’ai laissé « un message personnel « sur mon site pour ceux qui cherchaient une bouée… »

Ces quelques  mots pour expliquer pourquoi je suis devant vous.

Maintenant que vous comprenez ma proximité avec les HP, on va passer à mon travail avec ce public.

Un premier constat       ils arrivent mal en point : certains souffrent beaucoup, dans une souffrance qui peut effectivement les apparenter parfois à des cas de bipolarité, tellement le down est intense.

L’arborescence de pensée qui d’ordinaire est un atout dans la créativité….là se traduit par une logorrhée qui ne laisse plus de place à l’Autre….Quand on dit Logorrhée en termes psy….vous imaginez une diarrhée verbale….et parfois, il nous faut le concours d’un médecin et un protocole médicamenteux, pour stopper ce processus et remobiliser les ressources parce qu’une thérapie ça demande de l’énergie et développer un potentiel également.

Ça peut-être un down d’une intensité trop importante…qui peut faire craindre une tentative de suicide. Au niveau de la santé mentale, on ne fait pas ce qu’on veut, ce qui prime c’est la sécurité du patient surdoué ou pas.

Un intervenant médecin vous l’a dit hier…..poser un diagnostic sur des cas comme ça, c’est vraiment complexe et même avec un psychiatre, il nous est arrivé de continuer à nous interroger sur un cas tellement les résiliences peuvent être remarquables.

Une constante qui dénote c’est ce que j’appellerai l’hyper :

l’hyper ; chez eux c’est INTENSE

Ils ne sont pas malheureux, ils sont HYPER MALHEUREUX

Ils sont d’ailleurs à peu près, hyper pour  tout,

hyper incompris,

hyper mal aimés,

hyper déprimés

Les difficultés sont dans tous les champs scolaires, comportementales, sociales. Difficultés à trouver leur place dans la société, s’interrogeant sur le métier qui doit avoir du sens……ils ont du mal à composer avec le système,

presque DES LAISSES-POUR-COMPTE DU MONDE dans le pire des cas, quand le tableau est noir.

L’hyper leur donne une  vulnérabilité, une  fragilité qui peut faire le lit d’une inadaptation.

Plus une personne a un QI élevé, plus la probabilité d’être fragile existe, par l’hypersensibilité, l’hyper réceptivité. il peut y avoir un véritable TSUNAMI EMOTIONNEL. Ce qui rejoint ce que je viens de vous dire, on est jamais dans les demi mesures

et cette fragilité peut mener à un mental « en vrac », ce qui s’associe pour un médecin à UN MENTAL PATHOLOGIQUE

L’inadaptation du HP

Ce que j’appelle un mental en vrac  ce sont  des problématiques, de névrose ou  de  dépression, mais avec une « couleur » particulière ….plus « théâtrale », plus « impressionnante », et surtout  plus « récidivantes »,

Je sais qu’il y a une intervenante, un tout petit « zèbre » de 20 ans qui vous a parlé hier soir et dit qu’elle s’en était sortie…

Mais c’est comme si c’était toujours là, latent, un peu comme un bouton d’herpès, et qu’il fallait vivre avec cette particularité « d’être sur le fil entre génie et folie ».

Cette « différence » entre guillemets, vous pouvez l’avoir devant vous, même à un premier entretien, même jeune …

Cette différence elle se fait sentir aussi dans la quête de sens / la quête existentielle

A quoi ça sert la  vie ? c’est quoi  le sens de la vie ?

ou comment on fait pour arrêter de penser ?

Je vous laisse imaginer, si vous n’êtes pas préparés même un  thérapeute

On note aussi QUAND CA NE VA PAS,  la CARACTERISTIQUE d’une estime de soi au 36ème dessous par rapport à L’échec scolaire.

On se retrouve avec des élèves qui ne comprennent pas à quoi sert l’école, ce qu’ on leur demande, pourquoi il faut y aller, qui n’y voient pas d’intérêt, ou qui ne trouvent pas l’exercice intéressant, qui décident d’en faire un autre ….

et qui sont toujours à chaque chose qu’on leur dit , dans des pourquoi ? fatiguant pour leur entourage…..

ET CA DONNE des professeurs qui disent qu’ils ne peuvent gérer cette singularité, que si dans la classe ils faisaient tous pareils…etc

Comme la réussite scolaire est portée aux nues chez nous….en France. Ça démoralise encore plus ces enfants de ne pas y arriver, de se faire gronder de partout, et ça les démotive encore plus. Ça les décourage totalement.

Et cette non ’intégration à l’école, elle se traduit …. par le fait qu’ ils n’arrivent pas à se faire des camarades de leur âge,  copains, des copines

  • ils sont UN PEU EN AVANCE SUR LEUR TEMPS à leur âge…
  • Ils ont des centres d’intérêts différents, c’est bizarre, c’est dérangeant….
  • cette étrangeté  met de la distance, on aime ce qui vous ressemble, c’est plus facile
  • ils sont seuls J’ai une anecdote ….. l’un qui dit en écoutant de la musique dans la salle d’attente « le boléro de Ravel ça m’émeut au plus profond de moi.. ; » 11 ans et la copine de classe même âge qui le regarde et qui dit « le Boléro de quoi ???? »

Décalage typique d’intérêt ….. qui se retrouve plus tard au boulot, et d’une manière générale dans le social.

On peut voir arriver des somatisations     plus particulièrement chez  l’enfant, ça peut être des troubles du langage, l’enfant commence à se taire     à moins néanmoins parler, il se censure intellectuellement  pour être comme les autres.

On arrive vite à la phobie scolaire et à l’ inhibition intellectuelle : pour être normal RENTRER dans le moule, taire son intelligence pour être comme les autres

On mesure aussi une anxiété chronique comme somatisation phare, c’est quelque  chose qui caractérise très souvent un HP,

« je vais pas y arriver et adulte et je révise et je m’entraine sans m arrêter, en stressant comme c’est pas permis ou je fais rien, ….J’ai révisé 8 fois mon programme, je me suis filmé, je me suis enregistré… » Vous êtes obliges de leur dire STOP.

En synthèse de cette première partie, on a une certitude  « les HPs ont du talent »  mais dans certains cas de figure, ça ne se voit plus.

Tout le travail thérapeutique consiste à faire sortir cette singularité, ré émerger cette particularité, cette acuité et de faire repartir sur le fil de vie, sur les rails, les adjoindre, leur intimer de ne pas éteindre leur hyper sensibilité, leur hyper réceptivité mais de la mettre au service du monde…. ; parce que eux CLAIREMENT ils préfèreraient arrêter de penser, arrêter de recevoir.

En deuxième partie, on va tâcher d’illustrer le travail thérapeutique pour voir comment on s’y prend ?

Pour moi, et ces propos n’engagent que moi : la prise en charge possible  ne peut faire l’économie de cette particularité de précocité, de cette particularité sur intellectuelle

il n’y a pas    de modélisation du travail thérapeutique avec eux, ils sont trop singuliers, trop uniques, trop différents du commun

On est dans de la haute couture, dans du sur-mesure. Il existe une résistance thérapeutique à la psychothérapie classique …..ils ne réagissent pas pareils.


Quelques cas pratiques

1er cas   Karine   15 – 16  ANS

ça part d’un mail reçu cette année

« Mes meilleurs vœux. J’espère que vous allez bien depuis tout ce temps, j’espère que vous vous souvenez de moi, ESTIME DE SOI…

c’est K on va dire Karine , la surdouée qui a redoublé sa 3ème. Je viens pour vous donner un peu de nouvelles, je ne sais pas si cela va changer grand-chose à votre vie, …LA QUETE DE SENS …… je trouve que j’ai fait du chemin en 2 ans…

Du coup j’ai maintenant 18 ans, je suis en première ….STMG ( sciences et technologies du management et de la gestion) avec de bonnes notes (je compte faire ou soit du management ou soit de la pub, ou com). Je vis avec mon amoureux depuis bientôt 1 an, il a quitté SA VILLE  pour venir faire ses études ici, on est fou l’un de l’autre et on est les plus heureux du monde. HYPER

Voilà tout, à bientôt 🙂

Donc tout va bien c’est lumineux, plein de joie de vivre ….Moi je note l’hyper

mais  ça n’a pas commencé comme ça….

je vais relater notre travail dans ses principales étapes    sur un an à peu près.

Un après-midi de 2015, un appel d’ une maman qui veut un rendez-vous pour sa fille HP…je lui réponds que je ne prends pas les enfants, ce à quoi elle me répond qu’elle a besoin de moi,  que sa fille veut mourir… une maman louve qui veut sauver sa portée…je dis.ok

Karine me fait face…une mini Nefertiti, les yeux très fardés à l’égyptienne, un regard vert, qui me jauge, dépité, sans guère d’attentes, désabusée, elle est mineure, elle est là de force…..genre une psy de plus …tout est éteint ….

Et pourtant ça va « fitter », le transfert va s’opérer.

C’est toujours étonnant le côté « adulte » de ces enfants…

Il y a un décalage entre les bonnes joues, la bouilles, et la maturité, la lucidité effroyable dans le dire….un Bébé porteur de la sagesse du monde : lucide.

C’est une jeune fille de 15 ans qui a vécu des chocs affectifs : la perte brutale de son père par maladie et à la suite la perte de sa grand-mère paternelle par mésentente familiale    elle allait voir tous les jours sa grand-mère c’était UNE PERSONNE RESSOURCE pour elle.

Cet enfant n’a que sa mère,

J’essaie de cerner là où elle en est de sa scolarité…..elle me répond qu ‘elle vient de laisser tomber un cap de pâtisserie…..Quand je lui demande comment ça se fait qu’elle est en CAP , au vu de ce que j’entends de ses capacités.

Elle m’explique qu’elle s’est faite déscolarisée, Prétendant une phobie scolaire, elle dira elle-même qu’elle leur a fait « la misère » AUX PROFS et  je comprends à demi-mot, qu’ils n’ont pas pu, pas su la retenir dans un circuit classique scolaire.

En CAP, elle  s’est retrouvée surdimensionnée par rapport à ses petites camarades, zéro copine….

Cette enfant s’est progressivement désinvestie de tout, repliée sur elle, et finit par ne trouver plus aucun gout à la vie

Elle a bien tenté les psys mais elle a un jugement qui résonne encore à mes oreilles «  les psy, alors, c’est la loose…, ça sert à rien », tout ça avec la verve d’une gosse de 15 ans.

…Elle a l’impression qu’ils ne la comprennent pas.. qu’il s’en foutent…..

Or je vois plutôt la rencontre de deux étrangers qui ne se comprennent pas, qui ne parlent le même langage. Elle n’attend plus rien.

Je l’entends, j’ai déjà vécu ça….j’ai 3 fois son âge …je ne cherche pas à l’amener à moi…je rentre dans son truc…..

Mes mots la touchent, je lui dis que je suis d’accord avec elle, elle me  reconnait une légitimité et elle va s’ouvrir comme une rose ….

Déjà elle se sent soulagée d’être comprise et, d’avoir trouvé un port d’attache…le cabinet.

Ses profs avec qui je vais rentrer en contact ne savent pas comment la gérer, elle fait figure d’électron libre …

Il faudra lui apprendre le système et les règles sans pouvoir nécessairement répondre à toutes ses questions sur leur légitimité mais en lui expliquant qu’à faire que ce qu’elle voulait , sans cadre aucun, elle en est arrivée à vouloir mourir…..

Elle réintègrera un cursus normal avec de bonnes notes, je n’ai plus de souci sur son avenir professionnel, elle sait composer aujourd’hui avec le système    et je sais qu’elle saurait revenir en cas de problème. Sa maman est venue me remercier.

2ème cas C on va dire Camille , 38 ANS parcours d’une résiliente

Elle m’appelle à 2 ou 3 reprises, 4 ou 6 mois d’intervalle, je discute avec elle au téléphone, elle ne donne pas suite et un jour, elle appelle pour débarquer au cabinet ….

Le tableau dépeint des violences conjugales, non pas subies mais émises. Elle a sauté au visage de son compagnon, une frustration hyper mal vécue, sur une question anodine de ménage qui lui a fait péter les plombs dans de l’hyper.

Elle se raconte, elle est dans un job anonyme après avoir réussi des études élitistes et avoir été intégrée dans la fonction publique dont elle a démissionné, elle n’ a pas réussi me dit-elle à se faire au système. Elle a craqué.

Elle est mère, elle a un enfant de 10 ans dont elle n’a pas la garde….

Ses premières phrases seront « je m’appelle Camille, j’ai 38 ans, j’ai un fils qui a 10 ans et qui est en famille d’accueil depuis ses 3 mois, j’ai de l’argent pour 19 séances. »

Donc on va dire qu’on part de loin. Elle est HP, elle a déjà suivi des thérapies….

4 ans plus tard

Elle vit à l’étranger, depuis 2.5 ans  3 ans à peu près, elle a multiplié son salaire dans un job qui lui ressemble, elle a récupéré la garde de son fils, elle a refait sa vie, dans une famille recomposée, elle est amoureuse;

Je la suis via Skype.

Ca va….mais on reste vigilant, elle apprivoise toujours ses up down et garde un concept assez américain sur la thérapie. C’est pas je vais voir un thérapeute parce que ça va pas. C’est « ça va parce que je vois un thérapeute ».

Comment nous en sommes arrivés là ?

Le transfert aux premiers contacts offre une prise à la thérapie presque trop rapide, les progrès sont fulgurants, exponentiels, presque trop….ca frise avec le transfert pathologique, voire psychotique…. elle n’a pas confiance en moi, elle a foi en moi.

Je freine des 4 fers….pour éviter la chute, en fait pour éviter que ça retombe comme un soufflet. Je lui demanderais parfois de s’en remettre à l’expertise et au traitement d’un médecin psychiatre.

Les grands temps de la thérapie

C’est la récupération de son fils,

Ce défi va redonner du sens à sa vie, et lui donner la force de renouer avec le système, les contraintes inhérentes à l’éducation d’un enfant.

Le juge va lui demander une stabilité ….un appart, un boulot ….et elle va tout rénover….et partir sur l’idée de gagner « de quoi nourrir son fils », et elle s’expatrie pour cette raison. Son combat lui est dédié. Le juge décide de lui re confier la garde de son fils.

La rupture de son compagnon qui ne reste pas avec elle à l’étranger

Avec l’effondrement qui s’en suit chez ma patiente (qui nous renvoie à la dépendance affective du HP),et la perte de son nouveau travail, plus rien ne va mais …mais elle va être capable de se remobiliser pour trouver un autre travail seule.

L’éducation de son fils

10 ans d’absence entre une mère et son enfant, ça laisse des traces, des deux côtés. Apprendre à faire face à la frustration inhérente à un enfant, aux contraintes de repas, de devoirs, de limites à poser et à se poser, et qui plus son enfant est comme elle surdoué, donc pas facile.

La stabilisation sentimentale

De son premier mari, le père de son fils qui reste marginalisé, précaire, sans adresse ni boulot fixe, au compagnon qui la quitte quand elle récupère son fils et qu’ils sont installés à l’étranger……

Elle va trouver un  compagnon qui lui va, qui la soutient, elle va  s’approprier un rôle de belle-mère, avec les enfants de son compagnon. elle me parle de mariage….

La stabilisation professionnelle

Elle va arriver à faire avec le système en composant ….(elle fait du HOME SERVICES … travaille  de chez elle et va au bureau 3 fois dans la semaine, ce qui lui va…

Elle a renoué les liens avec ses parents (famille dysfonctionnelle) ses sœurs

En conclusion : elle a fait la paix avec son passé, a trouvé et perpétue un équilibre et développé son potentiel.

Aujourd’hui elle est capable d’encaisser un choc sans décompenser, sans sombrer.

Aujourd’hui, on peut espacer les séances……..

Elle est une preuve vivante à mon sens, ce sont des propos qui n’engagent que moi, du flirt parfois de la douance et de la psychopathologie, dans des up downs, de moins en moins expressifs, qu’elle gère ….sans se faire déborder.

3ème cas Cas pratique J…  dit Jules

Le premier rendez-vous,  il ne vient pas. Il ne s’excuse pas. Je note dans ma tête mais sans plus …je me suis peut être trompée, dans mon agenda. Le soir j’ai un message sur mon téléphone, me suppliant de ne pas me décourager, de ne pas laisser tomber, de lui laisser une autre chance.

Ce à quoi je réponds qu’ il n’y a pas de souci que son retard sa défection sont juste un symptôme et qu’ on va faire avec.

JE LUI ENONCE LES PREMIERES REGLES qu’il accepte : il s’acquitte de la séance ratée et on booke des rendez-vous en fin de journée…de façon à ce que je ne sois pas pénalisée s il ne vient pas. Il accepte la loi, la défection ne se reproduira plus.

Premier entretien

Au bout de 20 minutes d’entretien, et sans douter un instant de son QI, je lui demande s’il a envisagé UNE ALLOCATION D’ADULTE HANDICAPE, tellement je le sens loin du travail…et pourtant chez moi, mes patients vous le diraient, tout le monde bosse …

JULES n’a pas appris le travail, la contrainte, le travail rendu, les horaires, la discipline….

Il se raconte …..

Dans sa famille, Jules fait figure de ET, de vilain canard….

Son père est « désemparé » devant son intelligence….

« A cette époque, j’avais le sentiment que mon père ne m’aimait pas, préférait mon frère  COMME LUI

il éprouvait une « gêne » face à ma réussite scolaire.

Mes facilités intellectuelles m’éloignaient de lui. Je savais que, selon lui, le travail intellectuel n’était pas un « vrai travail ».

A partir de l’âge de 15 ans, les relations avec mon père sont devenues glaciales. Je me réfugiais dans ma chambre la plupart du temps, en prétextant que je faisais mes devoirs. Lorsqu’il fallait retrouver la famille, je me réfugiais dans un mutisme (de langage et d’émotion), jusqu’à devenir impénétrable.

Mécanisme de fonctionnement qui le dessert aujourd’hui

j’ai grandi comme ça…

il n’a que 29 ans mais pareil que Karine sa lucidité détonne.

« Aujourd’hui c’est un peu mieux….MAIS je reste avare en paroles en sa présence. Il suffit d’un élément déclencheur pour que je retourne dans cet état d’inhibition. »

L’INHIBITION AU  TRAVAIL

De manière générale, mon rapport à l’autorité est très difficile. A l’école, surtout dès le lycée, …je me tenais généralement en retrait. J’évaluais les enseignants et n’acceptais d’écouter que ceux pour qui j’avais une certaine admiration.

Je considérais que ceux qui récitaient leurs fiches sans comprendre en profondeur ce qu’ils racontaient ne méritaient aucune attention.

Je me débrouillais pour avoir d’excellents résultats sans TRAVAILLER

J’arrivais tous les jours en retard à l’école, sans exception, mais  on ne me le reprochait pas …

A l’heure d’aujourd’hui, une partie de moi refuse violemment toute forme d’autorité, toute contrainte, de manière automatique, surtout lorsqu’elle me parait infondée ou injuste. Je ne parviens pas à être ponctuel, respecter mes engagements, je ne comprends pas les conventions sociales.

Jules sait très bien trouver les failles du système pour justifier son inhibition. mais à être hors système, il se perd ….il n’arrivera pas à poursuivre ses études, ira dans tous les sens ….

DE notre travail, de nos entretiens, il voit une issue…et il s’y accroche.

Il est régulier dans les séances, il développe son boulot

Sa psychiatre demande à me voir , pour coordonner nos interventions, elle trouve qu’il va mieux. Evidemment il a des down mais ça passe

J’ai 8 mois de recul sur ce cas…dont l’été c est pas suffisant….je sais déjà qu’il ne replongera plus…

06 2018, il est réinséré dans le système, il a un travail à temps complet correspondant à ses qualifications.

DERNIER CAS : Michel , pour qui , je n’ai rien pu faire …..

Michel se présente à moi, il m’ a trouvée sur internet, dépisté à 6 ans, c’est un TGPI, Entendez TRES GRAND POTENTIEL INTELLECTUEL il a 150 de QI ….ce qui n’empêche que l’hiver d’avant, il dormait dans la rue …

Il a eu un suivi de 6 à 10 ans et puis rien…..et .dans son cas, la psychopathologie est vraiment présente. Ses angoisses permanentes l’ont fait glisser vers l’alcool….il est dans une logorrhée (une diarrhée verbale) inarrêtable.

Je vais le diriger vers un psychiatre pour un protocole médicamenteux…J’aurai hélas peu de retours sur son suivi…je ne suis même pas sûre qu’il ait continué même avec une gratuité des soins c était vraiment pour INSISTER QUE LE QI ce n’est pas tout

tous les HP ne s’en sortent pas….le décalage avec le système peut amener à des conduites à risque…..le test ne suffit pas;

EN CONCLUSION la résilience

A l’heure de conclure, je ne sais pas vous dire comment on travaille en thérapie avec les HP, ils sont tous uniques, différents et semblables dans leur singularité qui elle est toujours présente.

Une certitude, si tous les hypersensibles ne sont pas HP….tous les HP sont par contre hyper sensibles…il faut travailler à leur faire NE PAS OUBLIER qu’ ils ont une force qui se révèle aussi une vulnérabilité psychique ….

il faut travailler à les faire  S ACCEPTER, apprendre à faire avec ses failles

  • se construire  une vie qui vous correspond
  • le but c’est l’épanouissement intellectuel, social, professionnel, personnel
  • arrêter de faire pareil que les autres,
  • arrêter les remises en question……vivre
  • ce sont DES CHERCHEURS DE VERITE HYPER RECEPTIVITE, des bâtisseurs
  • vivre avec cette  FORCE et cette FRAGILITE
  • accepter son côté hors norme,
  • comprendre et accepter qu’ils sont difficiles A SUIVRE…c’est pas facile pour un « normo pensant », moins compliqué
  • réaliser qu’ils sont PLUS CONSCIENTS mais qu’on offre pas au « monde » de  l’aider à changer surtout s’il vous a rien demandé.

Voilà, c’était quelques mots sur cette différence de « la sur douance dans tous ses états. »

J’espère que ça aura démystifié la question de la psychopathologie, de la bipolarité et du borderline qui flirtent avec le concept de HP.

Je vous remercie de m’avoir écoutée.

Véronique MAZZA

Conférence Surdouessence sur les hauts potentiels

27 août 2017